L'Air de rien

Du 13 avril au 11 mai 2014

 » L’accrochage des travaux présentés ici l’air de rien ne propose ni l’exhaustivité, ni la rétrospective, mais plutôt l’ouverture d’un inventaire. Ici pas de manifeste, de posture critique ou conceptuelle.

En redessinant constamment les limites physiques du ciel, mon travail interroge surtout la perception que nous en avons : culturelle et construite, sensible et intuitive. Qu’il passe par du dessin, de la peinture, des maquettes, des dispositifs, installations lumineuses ou autres projections, il sonde le ciel.

Cette entreprise est, par définition, par nature, par principe, … sans fin.

Par le format, le support, la technique, le protocole du relevé, l’élaboration d’un dispositif optique, l’imagination d’une installation, la simple observation, l’abstraction ou la fiction, je décline le ciel. Toutes les formes deviennent ainsi des prétextes à la définition de surfaces d’inscriptions… Tout participe : pignons, menhirs, constellations, miroirs, mobiles, boussoles, trépieds, charpentes, calvaires et autres balises posent le ciel comme territoire pictural à investir.

On le sait pourtant, le ciel n’a pas de forme, il n’a pas de limites, on ne sait pas mesurer sa profondeur. Comme la figure du nuage qui le traverse, le ciel appartient à la classe des « corps sans surface » (comme le précise Léonard de Vinci dès le XVe siècle) et est toujours changeant.

Pas sûr finalement que le ciel soit un véritable sujet, une notion plutôt. Et si sa capture physique est concrètement impossible, ses dessins restent facilement accessibles. »

Erwan Le Bourdonnec, Bégard 2014.

A lire dans le livret :

Texte de François Seigneur, 2014.

L’homme qui peint les bords du ciel

« Avant de vous parler de l’homme qui peint les bords du ciel, je me dois absolument d’évoquer deux personnages que vous devez connaître pour comprendre ses peintures. Le premier s’appelle Bartleboom, le second Plasson. Bartleboom est un professeur qui étudie obstinément la fin de la mer. Le résultat de ses études est consigné dans une « Encyclopédie des limites observables dans la nature » avec un supplément consacré aux limites des facultés humaines, ce qui n’est pas rien. Il cherche en particulier, dans la définition des limites de la mer, le moment où la vague aura fini de s’étendre sur le sable et retournera vers les flots.

« – C’est-à-dire… vous voyez, là, l’endroit où l’eau arrive… elle monte le long de la plage puis elle s’arrête… voilà, cet endroit-là, exactement, celui où elle s’arrête… ça ne dure qu’un instant, regardez, voilà, ici par exemple… vous voyez ? ça ne dure qu’un instant puis ça disparaît, mais si on pouvait fixer cet instant… l’instant où l’eau s’arrête, à cet endroit là exactement, cette courbe… c’est ça que j’étudie. L’endroit où l’eau s’arrête. [… ] – C’est là que finit la mer »

Plasson, lui, est un portraitiste reconnu dans le monde entier qui, fatigué de sa célébrité, a décidé, définitivement, de ne plus peindre que le portrait de la mer. Il peint des portraits de la mer avec de l’eau de mer. Il voudrait les commencer - comme il commençait toujours ses portraits - par les yeux, mais ne les trouve pas. « au milieu du néant, le rien d’un homme et d’un chevalet de peintre. Le chevalet est amarré par de minces cordes à quatre pierres posées dans le sable. Il oscille imperceptiblement dans le vent qui souffle toujours du nord. [… ] [L’homme] est debout, face à la mer, tournant entre ses doigts un fin pinceau. Sur le chevalet, une toile. [… ] De temps en temps, il trempe le pinceau dans une tasse de cuivre et trace sur la toile quelques traits légers. Les soies du pinceau laissent derrière elles l’ombre d’une ombre très pâle que le vent sèche aussitôt en ramenant la blancheur d’avant. »

Bien que ces quelques lignes ne soient probablement pas suffisantes pour vous permettre d’appréhender correctement la personnalité de ces deux hommes pétris d’inquiétudes, d’art et de science, il m’a semblé indispensable de vous les donner à lire pour que, sans les connaître parfaitement, vous puissiez malgré tout vous faire une idée suffisamment précise sur leurs travaux et leur personnalité et m’éviter ainsi de parler des peintures des bords du ciel, en parlant dans le vide comme il m’arrive souvent de le faire quand je m’adresse à des gens qui, ne connaissant ni Bartleboom ni Plasson, ne comprennent rien aux toiles de l’homme qui peint les bords du ciel. C’est un peu idiot, mais c’est comme ça.

Je ne veux pas dire que c’est un peu idiot de vouloir peindre les bords du ciel, je veux dire que c’est un peu idiot qu’il faille connaitre, ou, au moins, avoir connaissance des travaux de Bartleboom et de Plasson, pour comprendre les travaux de l’homme qui peint les bords du ciel, mais c’est vraiment indispensable. Même si cet homme ne peint pas la mer, parce que lui, il peint le ciel, c’est indispensable de lire ces quelques lignes. Sans avoir connaissance de l’existence des travaux de Bartleboom et de Plasson vous ne comprendriez rien aux portraits des bords du ciel et, bien que le ciel soit immensément plus grand que la mer et que lui, cet homme, ne cherche pas à faire des portraits du ciel en commençant forcément par les yeux comme fait Plasson pour commencer ses portraits, il faut au moins avoir pris connaissance des pensées et des travaux de Bartleboom et de Plasson pour comprendre le sens de sa recherche et, évidemment, ses peintures et ses installations.

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