Accroc et altération

Du 22 avril au 26 juin 2016

Faire vibrer la lumière.

Au-delà du grain du papier, de la translucidité d’un calque, de la brillance d’une graisse ou d’une peinture, Dominique De Beir travaille par oppositions subtiles, entre les matières choisies, leurs natures et les actions portées. Une violence faite au support qui en révèle l’épaisseur et son possible déploiement. Si l’aléatoire est bien à l’origine de certaines pièces, il y a aussi une grande maitrise dans leurs émergences.

« Quand s’arrêter ? Quand je risque de perdre la surface d’origine » nous dit-elle, en pivotant sur elle-même.

Par des outils et des gestes devenus familiers, automatiques, par la maitrise de leurs dosages, Dominique De Beir épuise les protocoles soigneusement choisis : le dépôt d’une peinture qui ronge la mousse, la perforation, le retrait, la superposition des couches. Son atelier montre cette gourmandise obsessionnelle, l’invention sans cesse renouvelée d’improbables rencontres. Elle dit volontiers accepter l’accident, dès lors qu’il trouve sa place dans la composition.

En « altérant » la matière, ou en faisant œuvre de toutes ces altérations, accrocs, attaques et autres perforations, Dominique De Beir fait vibrer les supports. C’est aussi sa manière à elle de passer au volume, de déjà prendre l’espace – et ceci dès le grain de la surface.

On ne s’étonne pas de la voir passer si facilement aux dispositifs épais, d’échafauder des installations, de déployer des angles, suspendre des papiers, monter des étagères, ouvrir des portants et empiler des blocs…
Certes elle augmente ainsi les angles de vues pour le spectateur, elle nous fait voyager autour et dans ses œuvres, mais elle déploie surtout les possibles incidences de la lumière. Elle en augmente ainsi tout le potentiel d’accroche. C’est la lumière qu’elle arrête et qu’elle fait vibrer sur et dans la matière.

A La Tannerie, pour ce nouveau printemps, nous voulions vous présenter cela – une déclinaison de lumières sur ses œuvres. De la plus simple à la plus complexe, de l’échantillon rapporté de l’atelier au dispositif construit in situ, « accroc et altération » c’est aussi un atelier à traverser, lui-même traversé par la lumière. C’est une exposition où les variations des éclairages et éclairements prennent toute la place que les œuvres de Dominique De Beir réclament.

Erwan Le Bourdonnec

La Tannerie

Mars 2016

Exposition en collaboration avec la Galerie Réjane Louin.

http : //www. galerierejanelouin.fr/